École inclusive, considérations générales

Par Virginie Lacomme
Publié le 25 octobre 2023 à 10h40
L’inclusion est un thème à la mode, dont on entend beaucoup, voire énormément, parler, sans savoir vraiment ce qu’il signifie et quels sont les enjeux qu’il recouvre.
Tout d’abord, la réflexion autour de l’inclusion est née dans la continuité du débat autour de la diversité. Si la diversité concernait surtout l’origine ethnique et religieuse des citoyens et leur lien avec la France et l’identité française, l’inclusion va plus loin puisqu’elle énonce la nécessité de prise en compte des différences, de toutes les différences, dans les aspects sociaux et quotidiens de la vie.

Par exemple, l’écriture inclusive a amorcé une réflexion autour des rapports entre féminin et masculin dans la langue française et leur impact sur la société. Ce qui, de façon sous-jacente, pose d’autres questions sur ce que signifient réellement le féminin et le masculin, cette fois plus en lien avec des problématiques LGBTQIA2S+, ce sigle étant à lui tout seul un condensé de la tentative de prise en compte de toutes les identités possibles.

De même, la ville inclusive est un espace ouvert à toutes et à tous, et cela inclut, par exemple, les personnes à mobilité réduite et les personnes âgées, catégories de population qui ne sont pas toujours, et pour ainsi dire pas souvent, prises en compte lors des aménagements du mobilier urbain d’une ville.
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L’inclusion à l’école

Mais alors, qu’est-ce qu’une école inclusive ? Je cite le site de l’Education Nationale :

Le droit à l'éducation pour tous les enfants, quel que soit leur handicap, est un droit fondamental. L'École inclusive vise à assurer une scolarisation de qualité pour tous les élèves de la maternelle au lycée par la prise en compte de leurs singularités et de leurs besoins éducatifs particuliers.

Bien sûr, les singularités des élèves et de leurs besoins éducatifs particuliers désignent en fait les élèves en situation de handicap. Même si à la base, l’école inclusive concerne aussi les gens du voyage par exemple ou les nouveaux arrivants, c’est sur le thème du handicap que se concentrera notre article.

D’où les questions : qu’est-ce qu’un handicap ? Et pourquoi est-il important qu’un enfant en situation de handicap suive une scolarité « normale » comme tous ses camarades ?
Jusqu’à une époque assez récente, les parents d’enfants en situation de handicap avaient plutôt tendance à placer leur enfant dans une institution spécialisée où il était pris en charge par des professionnels de son handicap et se retrouvait avec des camarades dans la même situation que lui.

Aujourd’hui, le paradigme a changé, dans le sens où on essaie, le plus possible de tendre vers l’intégration de ces enfants au sein des structures « normales » de l’Éducation Nationale, dans les établissements et au sein des heures de cours normalement attribuées aux classes de ces établissements. Tous les enfants en France naissent libres et égaux en droits, il est donc normal que tous les enfants aient droits à la même scolarité que les autres. Mais il ne s’agit pas d’une démarche strictement française. Celle-ci s’inscrit en effet dans une vaste réflexion menée au niveau international et par de grandes institutions comme l’UNESCO et l’ONU.

Par exemple, Carlos Roberto Jamil Cury, célèbre pédagogue brésilien, écrit : « Dans son principe, l’éducation inclusive correspond à une modalité de scolarisation où ceux qui étudient ont les mêmes droits que leurs pairs, sans discrimination de sexe, de race, d’ethnie, de religion et de capacité. Ils disposent donc du droit de fréquenter les mêmes établissements et de participer aux activités de élèves de leur âge ». Voilà, tout est là.

Il faut savoir aussi que chaque pays a une politique différente par rapport à l’inclusion. L’Italie, par exemple, est souvent présentée comme un modèle dans le domaine. Depuis 1971, des enseignants « de soutien » apportent en effet assistance aux enfants pour leur permettre de suivre leur scolarité et parfois même obtenir leurs diplômes avec succès. Si le sujet vous intéresse, nous vous conseillons de vous pencher sur la figure très emblématique de Franco Basaglia. Le bilan est extrêmement positif, mais les effets sont finalement plus sociaux que scolaires.

Les bénéfices sont en effet doubles. Ils concernent l’enfant en situation de handicap qui n’est pas mis à l’écart de la société, l’école symbolisant un microcosme de la société. D’un autre côté, les enfants qui accueillent un camarade en situation de handicap apprennent la tolérance et sont confrontés au quotidien à la diversité. Après tout, l’école a aussi ce rôle.

Le Canada a aussi une longue expérience de l’inclusion scolaire, quoiqu’inégale selon les provinces. La définition que donne le gouvernement de la province du Nouveau-Brunswick me paraît extrêmement éloquente, surtout dans son lien avec la philosophie :
L’inclusion scolaire est à la fois une philosophie et un ensemble de pratiques pédagogiques qui permettent à chaque élève de se sentir valorisé, confiant et en sécurité de sorte qu’il puisse réaliser son plein potentiel. Elle repose sur un système de valeurs et de croyances qui sont axées sur le meilleur intérêt de l’enfant et qui favorisent chez lui non seulement une participation active à ses apprentissages et à la vie scolaire, mais également un sentiment d’appartenance, le développement social ainsi qu’une interaction positive avec ses pairs et sa communauté scolaire.

En France, le débat autour de la prise en compte du handicap est né au début des années 2000. Tout le monde se souvient sans doute de la célèbre lettre de Julia Kristeva au président Chirac dans ce sens :

Je comprends ceux qui préfèrent remplacer le terme d’ intégration par celui d’insertion ou d’inclusion. Loin d’être politically correct, ce souci sémantique invite non pas à ‘intégrer’ au sens d’effacer la différence mais à inclure des personnes différentes dans l’espace public (écoles, entreprises, etc.), à condition d’y aménager des parcours individualisés et des accompagnements singuliers.

Le Conseil National Handicap fut un des premiers en France à « désinsulariser » le handicap, ce terme reprenant une expression ayant émergé lors d’un congrès international de 2004 « Situations de handicap, quelles ruptures pour quelles mutations culturelles ? »

La loi du 11 février 2005 sera la première à stipuler que tout enfant, même en situation de handicap, a le droit de s’inscrire dans l’école de son quartier, mais il faudra attendre 2013 et la loi de refondation de l’École pour, enfin, voir émerger l’inclusion scolaire comme un des piliers fondateurs de l’institution scolaire.
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Pourquoi l’école de demain ne pourra être qu’inclusive ?

C’est une évidence, l’école de demain sera inclusive ou ne sera pas. Il serait totalement anachronique de revenir en arrière et je dirais même que la France fait légèrement partie des retardataires dans ce domaine. Les expérimentations sont nombreuses de par le monde. Bien sûr, les résultats sont parfois mitigés ou inégaux, mais globalement, les sociétés qui mettent en place l’inclusivité sont bien plus nombreuses que l’on imagine. Ce qui manque, c’est une vision d’ensemble pour mutualiser les expériences et les porter à la connaissance des familles et des professionnels qui s’intéressent à ce sujet.

✨✨✨


Une petite pierre à l’édifice : Axiom Academic organise des webinaires sur le sujet de l'école inclusive et des AESH et en particulier leur formation avec Mercedes Gabriela Herrera, LA spécialiste par excellence de l’inclusion scolaire. Elle partagera avec nous son expérience en tant que coordinatrice du programme d'inclusion scolaire dans une école internationale partenaire AEFE

Pour s'inscrire à nos webinaires sur l'inclusion :
https://www.axiom-academic.com/aesh-lycee-francais-aefe-mlf

Pour écrire cet article, nous avons utilisé ces sources :
  1. Travaux de Charles Gardou
  2. Au Canada
  3. Article Éric Plaisance
  4. En Italie

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